Battambang 

Ici on pense à survivre

2 janvier 2007, au matin


Impossible de vous recopier toutes les journées de mon carnet. J’avoue passer par des moments très difficiles, où je ne comprends plus comment tout cela peut se passer, qu’est-ce que je peux trouver.
La différence de situation est tellement énorme, ici on pense à survivre et, par le biais de la religion, à améliorer la vie suivante ; les questions existentielles n’ont pas plus cours ici qu’ailleurs...

En fait, j’ai vécu beaucoup de choses avec la famille qui m’a accueillie le premier jour, mais que je ne me sentais bien pour filmer.
Dans les villages, pas d’hôtel, je vais chez les gens ou chez les policiers car vu mon autorisation de tournage, à en-tête du ministère de l’information, ils prennent très au sérieux ma sécurité... Une seule nuit d’hôtel sur 3 semaines... Drôle de vie...

Le khmer que j’ai appris est une langue beaucoup trop sophistique pour parler avec les gens normaux et beaucoup est à réapprendre, c’est assez décevant...

Je ressens profondément quand même que la plupart des personnes âgées font ce qu’elles veulent (en dehors de Mun Chorn peut-être), et surtout, elles sont dans la vie de tous les jours. Elles vivent debout, même avec la maladie, meurent rapidement. J’ai aussi filmé un vieil homme que j’ai rencontré au bord de la route : un beau visage avec quelques poils blancs au menton qui me répétait en francais : « J’étais homme parachute ; de 1952 à la fin de la guerre... et, en me désignant une petite fille, c’est mon enfant... Il était au bord de la route, regardait les voitures, les motos. Il va comme il veut, même s’il a perdu la tête, il vit dans une micro maison, où ce jour-là, sa fille le « gardait » car son fils, qui vit avec lui, avait dû partir à Phnom Penh.

Mais la vieillesse ne m’attire pas non plus ici, et quand une jeune fille m’a demandé : « Pourquoi tu fais ce film ? Est-ce que tu aimes les vieux ? »
Un énorme fou rire m’a pris...