Films Documentaires 

Collection documentaire de 52 min autonomes

MP3 - 714.3 ko
Ramener

La vieillesse est un continent étrange, une immense terre inexplorée et complexe. Pour moi, elle constitue un monde en soi, peut être comme Amsterdam pour Van der Keuken ou le monde industriel A l’ouest des rails pour Wang Bing... On ne sait où finit et commence cette terra incognita. Moi-même, un jour, j’ai l’impression d’y être arrivé, le lendemain, elle m’apparaît comme le pays lointain... Elle a pourtant des frontières, incertaines certes, entre des contrées aux couleurs religieuses, historiques, culturelles plus ou moins propices. Mais ce monde immatériel, porteur de mille fantasmes et rejets, s’incarne dans le monde intérieur et unique de chacun !

(JPG)

Alors, en géographe acharnée de mondes inconnus, j’en explore des figures humbles dans des continents lointains. Je m’arrête auprès de celles qui me plaisent, m’étonnent, me transforment... Pourquoi ? Parce que j’ai mal de voir des hommes et des femmes vieillir dans la tristesse, l’ennui, la dépression en Europe... Parce qu’ici la vieillesse est niée, honnie, sortie du monde vivant et que les valeurs -travail, action, jeunesse- sont des diktats inacceptables mutilant les vieux et leur enlevant leur dignité. Je réalise ainsi, dans d’autres civilisations, des portraits de vieilles personnes qui tendent des miroirs questionnant nos propres réalités...

Je vois « VIEILLESSES PARTAGÉES - PÉRIPLE AU PLUS PRÈS DU MONDE » comme une collection de films documentaires. Ce n’est pas une série, car, si le même thème relie ces films, chacun a son rythme, sa forme, son fil, dans une très grande liberté. J’écris chaque film en confrontant la vieillesse d’un pays à ce qui me touche fortement de sa culture, de son histoire, de ses religions... Par exemple, dans Mano Cha, film tourné essentiellement au Cambodge, la culture bouddhiste sourde de tous les personnages et s’épanouit dans la pratique de la méditation comme une véritable solution de vieillesse et de préparation à la mort. Au Chili, les vieux que je voudrais particulièrement rencontrer sont d’anciens militants d’Allende qui ont cru au socialisme démocratique... Comment vivent-ils aujourd’hui dans ce pays néocapitaliste en portant la culpabilité de l’échec ou même celle d’avoir survécu à la dictature ?

(JPG)

Pour moi, chacun de ces films est un voyage poétique au long de rencontres intimes composant les facettes mouvantes d’une réalité culturelle commune. En rencontrant ces anciens, je recherche la quintessence de la culture au-delà des clichés, je tente de faire apparaître les liens entre les actes visibles du quotidien -se nourrir, habiter, partager, occuper son environnement, accomplir des rites- et leur signification, notamment par la parole... Mais j’explore surtout la manière dont chacun d’eux, différemment selon les engrenages de l’histoire et de la volonté propre, construit sa vieillesse, tout en questionnant la nôtre. Les situations, les évènements, les rites ne sont pas explorés de manière ethnologique. Je dirais plutôt qu’ils forment le cadre révélateur du rôle des vieux, de leurs rapports avec les autres générations... C’est dans ce sens, par exemple, que je veux faire un film à Madagascar où le Famadihana (retournement des morts, danses et fêtes avec les corps) aura une place importante. Je veux explorer avec des vieux eux-mêmes ce que leur apporte cette cérémonie : une tranquillité vers la mort ? une continuité ? un respect dans la vie ? Que sais-je... De même, au Brésil, je voudrais particulièrement suivre une maîtresse de vaudou qui s’assure peut-être, par sa fonction, un pouvoir, une force, un sens à sa vie...

(JPG)

Pour tourner Mano Cha, je suis partie tourner seule, cinq mois, dans une sorte de repérage-tournage qui me permet un rapport très spécifique avec mes personnages. C’est au bout de longues heures de bus, de barque, de marche que je les rencontre Je deviens l’accompagnatrice, la fille adoptive, la confidente de passage à qui l’on ne risque rien de tout raconter. Sans récit ni récit de vie, dans une singulière présence, chaque « portrait » se dessine des deux côtés de la caméra. Je ne mets aucun scalpel, je ne cherche pas beaucoup à savoir, je me laisse envoûter par l’autre, dans son « être » vieux, dans ses mouvements, son corps aux gestes si doux et précis ou si maladroits... Chaque fois, nous vivons ensemble et une histoire se fabrique... Le plan est dicté par ce qui se passe. Le film aussi.

Film en préparation : Chili

Autres projets de tournage en Amérique latine, Afrique, Australie...

- Projet déposé -